Le feu est éteint. Il laisse des maisons détruites, des habitants déplacés, un territoire bouleversé. Arthur Guérin-Turcq, géographe médocain et chercheur associé au projet « Habiter les cendres », consacré aux incendies de 2022, disait début juillet dans Libération : « Il est évident que le pire est à venir cet été ».
Pour comprendre le feu de Saumos, il faut remonter bien avant l’été 2026.
Le massif des Landes de Gascogne n’est pas une forêt naturelle. À partir du XIXe siècle, les landes humides ont été transformées en forêt, principalement plantée de pins maritimes. Le drainage a permis d’assécher les sols pour favoriser la production forestière. Au fil du temps, cette forêt cultivée a suivi une trajectoire de plus en plus productive, avec davantage d’arbres à l’hectare : donc davantage de combustible, explique Arthur Guérin-Turcq.
Puis le climat s’est emballé. Canicules plus fréquentes : le massif s’assèche.
Or, la sécheresse est l’un des principaux facteurs de la vitesse de propagation du feu. Il faut retenir l’eau dans les sols pour la limiter.
Le constat est saisissant au Porge : en 2026, le feu a parcouru des parcelles replantées après l’incendie de 1989. Trente-sept ans n’ont pas suffi à mettre le territoire à l’abri d’un nouvel incendie. Diversifier les essences reste utile pour la biodiversité, mais les feuillus brûlent aussi. Et recréer une forêt mixte prend plusieurs décennies, alors que les incendies sont appelés à s’intensifier.
Après 2022, le Département a tiré des enseignements : mission forêt, restauration des landes humides à Hostens, réserve biologique et inventaires avec l’ONF, suivi écologique des espaces brûlés, Plan départemental de sauvegarde... Des orientations que le géographe juge « pertinentes ».
2026 change la donne
Ce n’est pas seulement la forêt qui est menacée, mais aussi les populations. Les pistes de la Défense des forêts contre l’incendie (DFCI), qui ont, pendant 70 ans, facilité l’accès des pompiers, ne suffisent plus face aux méga-feux. Il faut désormais penser coupures de combustible dans le massif et interfaces entre forêt et habitations : des espaces qui ralentissent le feu et offrent des zones d’appui aux secours.
Reste une question : comment transformer un massif dont 90 % de la forêt est privée ?
Forestiers, agriculteurs, communes, secours, Département et État devront trouver un nouveau modèle à construire collectivement, avec les habitants qui veulent être acteurs de la prévention et de la lutte.
À lire dans le cahier spécial Retour sur l'incendie de Saumos du magazine En Gironde n°151.