I. Les Landes girondines

Mise à jour : 13 juillet 2026

Temps de lecture : 23 minutes

Les longues routes rectilignes forment des corridors entre les boisements - Cestas
Les longues routes rectilignes forment des corridors entre les boisements - CestasAgence Folléa-Gautier
La sylviculture est le moteur des paysages des Landes girondines - Audenge
La sylviculture est le moteur des paysages des Landes girondines - AudengeAgence Folléa-Gautier
Les peuplements de pins adultes offrent une grande transparence - Audenge
Les peuplements de pins adultes offrent une grande transparence - AudengeAgence Folléa-Gautier
Le réseau des canaux de drainage quadrille le paysage - Lanton
Le réseau des canaux de drainage quadrille le paysage - LantonAgence Folléa-Gautier

Le plateau landais forme le plus grand ensemble paysager du département, et se prolonge même sur une bien plus vaste surface, puisqu’il constitue, au sud, la quasi-intégralité du département des Landes. Couvert d’une couche plus ou moins épaisse de sable, il était constitué, jusqu’au XIXème siècle, de terres marécageuses, très humides, car l’extrême planéité du relief ne permettait pas le drainage des eaux. D’importants travaux ont complètement transformé ce territoire qui accueille aujourd’hui la forêt la plus importante d’Europe, constituée essentiellement de pin maritime. La gestion "industrielle" de ce milieu a créé un paysage boisé très maîtrisé, mais aussi agricole (maïs, tulipes), aujourd’hui sujet aux aléas économiques et météorologiques.

Au sein de ce très vaste ensemble, couvert quasi-uniformément d’une forêt artificielle de pins maritimes, il est délicat de définir des paysages vraiment distincts à l’échelle d’unités départementales : le relief minime et la gestion uniforme de ces paysages en effacent les particularités. C’est pourquoi nous avons plutôt choisi de traiter des typologies, liées à des spécificités que l’on peut retrouver en divers endroits : les vallées habitées, où le relief plus marqué s’accompagne d’une urbanisation groupée, tirant parti des zones mieux drainées à proximité des cours d’eau ; les landes rases, où les milieux naturels originels ont pu être préservés ; les clairières de cultures, où les vastes parcelles labourées dégagent des horizons immenses ; les lisières du massif, où les boisements cèdent progressivement la place (au bâti, à la vigne...). Les Landes girondines s’enrichissent donc de quatre configurations paysagères :

Atlas des paysages - grand ensemble Landes girondines
Département Gironde / Agence Folléa-Gautier Grand ensemble Landes girondines

I. Les Landes girondines

Situation

Les Landes girondines occupent le Nord de l’immense triangle de la forêt des Landes, qui court de Soulac à Nérac et à Hossegor et forme le plus grand massif forestier d’Europe (plus d’un million d’hectares). Elles sont délimitées par la Pointe de Grave au nord, les lacs et les dunes du littoral à l’ouest, et par le Médoc, l’agglomération Bordelaise, les Graves et le Bazadais à l’est, le long de l’axe Gironde-Garonne. S’étendant sur environ 140 km du nord au sud et 90 km d’est en ouest, c’est la plus vaste unité paysagère du département. Couvrant le cœur du massif forestier - plus de 300 000 ha répartis sur les départements de la Gironde et des Landes -, le Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne a été créé en 1970, permettant de valoriser et de protéger ces milieux naturels et ces paysages, méconnus et fragiles.Au sein de ce territoire quasi-uniforme, quatre sous-entités ont été distinguées, pour affiner l’analyse de ce territoire plus riche qu’il n’y paraît :

  • les vallées habitées : au sud de l’unité, les rivières (la Leyre, le Ciron, le Gât Mort, le Saucats) sont accompagnées d’une urbanisation plus marquée et de boisements feuillus ;
  • les landes rases : les milieux naturels originels des landes ont été préservés sur de rares sites ;
  • les clairières de cultures : de vaste champs - essentiellement du maïs - forment des clairières d’échelle monumentale au cœur de la forêt ;
  • les lisières du massif : la forêt des Landes ne s’achève pas par des limites nettes, mais dessine des paysages de lisières particuliers en se mêlant aux unités voisines.
Atlas des paysages - légende des cartes de situation

Les communes concernées par l'unité de paysage I

  • ANDERNOS-LES-BAINS
  • ARBANATS
  • ARES
  • ARSAC
  • AUDENGE
  • AVENSAN
  • BALIZAC
  • BELIN-BELIET
  • BERNOS-BEAULAC
  • BIGANOS
  • BLANQUEFORT
  • BOURIDEYS
  • BRACH
  • BUDOS
  • CABANAC-ET-VILLAGRAINS
  • CANEJAN
  • CAPTIEUX
  • CARCANS
  • CASTELNAU-DE-MEDOC
  • CASTRES-GIRONDE
  • CAZALIS
  • CESTAS
  • CISSAC-MEDOC
  • COURS-LES-BAINS
  • CUDOS
  • CUSSAC-FORT-MEDOC
  • ESCAUDES
  • FARGUES
  • GAILLAN-EN-MEDOC
  • GISCOS
  • GOUALADE
  • GRADIGNAN
  • GRAYAN-ET-L’HOPITAL
  • GUILLOS
  • GUJAN-MESTRAS
  • HOSTENS
  • HOURTIN
  • ILLATS
  • LA BREDE
  • LA TESTE-DE-BUCH
  • LACANAU
  • LAMARQUE
  • LANDIRAS
  • LANTON
  • LARTIGUE
  • LAVAZAN
  • LE BARP
  • LE HAILLAN
  • LE NIZAN
  • LE PIAN-MEDOC
  • LE PORGE
  • LE TAILLAN-MEDOC
  • LE TEICH
  • LE TEMPLE
  • LE TUZAN
  • LEGE-CAP-FERRET
  • LEOGEATS
  • LEOGNAN
  • LERM-ET-MUSSET
  • LESPARRE-MEDOC
  • LIGNAN-DE-BAZAS
  • LISTRAC-MEDOC
  • LOUCHATS
  • LUCMAU
  • LUDON-MEDOC
  • LUGOS
  • MACAU
  • MARCHEPRIME
  • MARGAUX-CANTENAC
  • MARIONS
  • MARTIGNAS-SUR-JALLE
  • MARTILLAC
  • MERIGNAC
  • MIOS
  • MOULIS-EN-MEDOC
  • NAUJAC-SUR-MER
  • NOAILLAN
  • ORIGNE
  • PAREMPUYRE
  • PESSAC
  • PODENSAC
  • POMPEJAC
  • PORTETS
  • PRECHAC
  • QUEYRAC
  • ROAILLAN
  • SAINT-AUBIN-DE-MEDOC
  • SAINT-GERMAIN-D’ESTEUIL
  • SAINT-JEAN-D’ILLAC
  • SAINT-LAURENT-MEDOC
  • SAINT-LEGER-DE-BALSON
  • SAINT-MAGNE
  • SAINT-MEDARD-D’EYRANS
  • SAINT-MEDARD-EN-JALLES
  • SAINT-MICHEL-DE-CASTELNAU
  • SAINT-MICHEL-DE-RIEUFRET
  • SAINT-MORILLON
  • SAINT-SAUVEUR
  • SAINT-SELVE
  • SAINT-SYMPHORIEN
  • SAINT-VIVIEN-DE-MEDOC
  • SAINTE-HELENE
  • SALAUNES
  • SALLES
  • SAUCATS
  • SAUMOS
  • SAUTERNES
  • SAUVIAC
  • SILLAS
  • SOUSSANS
  • UZESTE
  • VENDAYS-MONTALIVET
  • VENSAC
  • VERTHEUIL
  • VILLANDRAUT
  • VIRELADE

Caractéristiques

Atlas des paysages - bloc 38-39
Département Gironde / Agence Folléa-Gautier Bloc 38-39
Répartition des lagunes dans les Landes de Gascogne
Agence Folléa-Gautier / Atelier de l'Isthme / d'après LEGIGAN, 1979 Répartition des lagunes dans les Landes de Gascogne

L’immensité

Aborder les landes girondines, qui se prolongent largement au sud pour couvrir le département voisin des Landes jusqu’à l’Adour, c’est plonger dans un paysage particulièrement étrange, d’abord marqué par l’immensité. Une immensité atypique en France et en Europe, où les paysages changent à des échelles plus rapides. Ici, aucun accident topographique majeur : le plateau sableux s’étire imperturbablement à l’horizontale, et porte aujourd’hui un océan de pins maritimes sur 1,4 millions d’hectares, comme il portait hier une mer infinie de landes humides dévolues aux troupeaux. Pour l’automobiliste pressé, cette immensité déroule sur des kilomètres de routes rectilignes un kaléidoscope de troncs démultipliés à l’infini. Mais les landes girondines, au-delà d’une monotonie apparente, sont d’abord ce réservoir d’espace unique en Europe, un territoire d’évasion. Cette valeur de l’étendue interroge nécessairement les projets en cours et à venir, qui pourraient la clôturer (photovoltaïque) ou la couper (lignes TGV, projet de voie de contournement de Bordeaux).

Un relief très plat, où l’eau s’écoule difficilement et dessine des paysages particuliers

Sur ce plateau uniforme et horizontal, constitué de sables apportés et triés par les vents, le drainage naturel des sols est très réduit, la pente n’étant pas suffisante pour permettre une évacuation efficace des eaux. C’est cette particularité hydrographique qui a constitué le paysage de landes très humides qui préexistait à la forêt de pins. Si un système agropastoral permettait alors à la population de tirer sa subsistance de ces terres pauvres (cf sous-unité I-b et ’le plateau et la forêt des Landes’), ce n’est qu’au prix de travaux importants de drainage artificiel que la pinède a pu être plantée, suite à une volonté forte de valoriser ce territoire.

L’eau est donc très présente dans ces paysages, même si elle reste souvent discrète : qu’il s’agisse des lagunes ou tourbières constituées naturellement ou des fossés de drainage creusés de main d’homme (les crastes), elle dessine des motifs particuliers et des réseaux complexes, apportant une certaine richesse écologique et paysagère dans les sous-bois de la pinède industrielle. Discrètement éparpillées dans la forêt en archipels, lagunes et zones humides occupent les légères dépressions de terrain plus ou moins envahies par l’eau de la nappe phréatique. Elles composent de nouvelles ambiances, intimes et mystérieuses, en général de grande qualité paysagère. Elles se présentent comme des mares ou des étangs de quelques mètres ou dizaines de mètres de diamètre, miroirs d’eau silencieuse et immobile, qui reflètent précisément les pins alentours : une dimension verticale qui s’oppose soudain aux immensités horizontales du plateau.

Ces lagunes seraient issues de la fonte de lentilles de glace piégées dans le sol lors des dernières glaciations. On y trouve toute la flore de la lande humide, mais aussi des plantes carnivores comme le droséra (rotundifolia et intermedia) ou l’utriculaire (Utricularia intermedia), la littorelle et le faux cresson de Thore (espèces protégées).Dans certains secteurs, par exemple aux sources du Ciron, dans la région de Lubbon et de Losse, un œil attentif pourra identifier d’anciennes lagunes asséchées : champ de molinie entouré d’une ceinture de fougère aigle. Dans la moitié sud de l’unité, les maigres ruisseaux du plateau finissent par former de véritables petites rivières, offrant des lumières particulières et immédiatement reconnaissables, avec leur fond sablonneux sur lequel court l’eau ferrugineuse d’une curieuse couleur orangée. Autour d’elles, le pin maritime a cède la place à d’autres essences, caduques, qui viennent offrir de toutes autres et précieuses ambiances (cf sous-unité I-a).

Les nombreux fossés creusés par l’homme afin d’ensemencer ces landes dessinent aussi un réseau important, structure discrète de ce paysage construit. Mais la valeur paysagère de ces crastes reste au stade de potentiel à développer, car les pratiques sylvicoles laissent rarement l’espace nécessaire au développement d’une ripisylve. Au sein des boisements résineux, on lit donc très peu leur présence, qui ne se révèle un bref instant que lorsque la route franchit leur cours.

Les mares et lagunes restent très discrètes, facilement occultées par la végétation - Naujac-sur-Mer
Les mares et lagunes restent très discrètes, facilement occultées par la végétation - Naujac-sur-Mer Département de la Gironde
De petites zones humides se forment autour des fossés - Naujac-sur-Mer
De petites zones humides se forment autour des fossés - Naujac-sur-Mer Agence Folléa-Gautier
Au cœur de la pinède, les eaux stagnantes sont source de diversité - Lège-Cap-Ferret
Au cœur de la pinède, les eaux stagnantes sont source de diversité - Lège-Cap-FerretAgence Folléa-Gautier
Le fossé marque la limite entre les parcelles céréalière et forestière - Audenge
Le fossé marque la limite entre les parcelles céréalière et forestière - Audenge Agence Folléa-Gautier
Le franchissement de la craste est peu mis en valeur sur la route - Audenge
Le franchissement de la craste est peu mis en valeur sur la route - Audenge Agence Folléa-Gautier
Le creusement de fossés artificiels a permis le drainage du plateau sableux, Lanton
Le creusement de fossés artificiels a permis le drainage du plateau sableux, LantonDépartement Gironde / Agence Folléa-Gautier
La large craste de l'Eyron s'accompagne d'un cheminement - Saumos
La large craste de l'Eyron s'accompagne d'un cheminement - Saumos Agence Folléa-Gautier

La forêt de pins, une couverture pas si uniforme

Avant les projets de plantation généralisée des landes au XIXème siècle, le pin était déjà bien présent naturellement sur ce territoire, et couvrait alors près de 200 000 ha. Ces peuplements endémiques étaient principalement concentrés sur quelques buttes au sol moins gorgé d’eau et sur une partie des dunes littorales. Après la loi de 1857 (cf ’le plateau et la forêt des Landes’) et les travaux de drainage, le visage des landes s’est transformé radicalement pour devenir un paysage de sylviculture industrielle, intégralement géré par l’homme.

C’est de cette nature ’construite’ du paysage que peut naître une certaine monotonie, liée à l’unité du mode de gestion et à la très grande échelle des cultures. Mais ce mode de gestion implique aussi, à l’inverse, certaines variations paysagères : coupé aujourd’hui vers 40 ans, organisé en parcelles d’âge équienne, le pin maritime présente un paysage attractif lorsqu’il est adulte, grâce à la majesté des arbres qui dépassent les 20m de haut, mais aussi à la transparence des vues qui sont alors possibles à travers les troncs ; les coupes rases dégagent des hectares d’ouvertures dans le manteau boisé ; tandis que les jeunes peuplements bloquent toute ouverture visuelle.

Si la frugalité du pin maritime lui permet de couvrir uniformément le plateau sableux, les variations de l’humidité du sol influent sur le cortège floristique et dessine des paysages distincts sous la couverture boisée continue.

On en distingue trois types :

  • Les paysages de lande sèche : les landes de bruyère

Contrairement à ce que l’on peut croire, la lande sèche n’est jamais bien loin d’un cours d’eau. Car c’est là que le sol est le mieux drainé. Les bruyères y dominent : la callune, la bruyère cendrée, auxquelles s’ajoutent les hélianthèmes (hélianthème à gouttes, hélianthème faux alysson), l’ajonc d’Europe, le genêt à balai, l’onagre qui égaie le bord des routes de ses fleurs jaunes.

  • Les paysages de lande mésophile : les landes de fougère

Plus on s’éloigne des cours d’eau, moins le sol est drainé. Sur la lande mésophile, les terrains ni totalement secs, ni totalement humides, sont le domaine de la fougère aigle. Elle tapisse les sous-bois de ses frondes élégantes, rousse en automne/hiver et vert tendre au printemps/été.

  • Les paysages des landes humides : les landes de molinie

Les paysages des landes humides se remarquent facilement à la couleur beige pâle de la molinie, herbacée qui envahit les semis de pins et tapisse les pinèdes. Elle est le signe de l’eau présente dans le sol : la nappe phréatique affleure, insuffisamment drainée par les ruisseaux ou les fossés. On la trouve donc dans les espaces interfluves, là où les ruisseaux sont absents ou à peine naissants. Ce sont ces landes humides qui ont le plus régressé, drainées par les crastes, asséchées par les plantations de pins, pompées pour la culture du maïs ou les cultures maraîchères.

Les parcelles s'animent parfois du travail des machines - Audenge
Les parcelles s'animent parfois du travail des machines - Audenge Agence Folléa-Gautier
Les grumiers sillonnent les routes de la pinède - Marcheprime
Les grumiers sillonnent les routes de la pinède - MarcheprimeAgence Folléa-Gautier
La présence des scieries participe du paysage de forêt industrielle - Captieux
La présence des scieries participe du paysage de forêt industrielle - Captieux Agence Folléa-Gautier
Jeune pinède et diversité de la strate arbustive : ajoncs, genêts et bruyères - Lerm et musset
Jeune pinède et diversité de la strate arbustive : ajoncs, genêts et bruyères - Lerm et musset Agence Folléa-Gautier
Sous bois de pins à fougères - Cabanac
Sous bois de pins à fougères - Cabanac Agence Folléa-Gautier
Lande séche en premier plan d'un boisement de pins
Lande séche en premier plan d'un boisement de pins Agence Folléa-Gautier
Les pins adultes forment des parcelles transparentes - Le Barp
Les pins adultes forment des parcelles transparentes - Le Barp Agence Folléa-Gautier
Un ourlet feuillu peut accompagner les boisements adultes - Marcheprime
Un ourlet feuillu peut accompagner les boisements adultes - Marcheprime Agence Folléa-Gautier
Au vaste dégagement de la coupe rase succède un horizon boisé impénétrable - Lacanau
Au vaste dégagement de la coupe rase succède un horizon boisé impénétrable - Lacanau Agence Folléa-Gautier
Etant donnée la taille des parcelles, les coupes rases dégagent de très larges horizons - Audenge
Etant donnée la taille des parcelles, les coupes rases dégagent de très larges horizons - Audenge Agence Folléa-Gautier
Après la respiration de la clairière, l'horizon est barré par les jeunes pins - Cestas
Après la respiration de la clairière, l'horizon est barré par les jeunes pins - Cestas Agence Folléa-Gautier
Les jeunes peuplements font de cette voie un corridor fermé - Lège-Cap-Ferret
Les jeunes peuplements font de cette voie un corridor fermé - Lège-Cap-Ferret Agence Folléa-Gautier
Les landes sèches accompagnent les routes de fleurs jaunes - Marcheprime
Les landes sèches accompagnent les routes de fleurs jaunes - Marcheprime Agence Folléa-Gautier
Les sous-bois dominés par la fougère aigle de la lande mésophile - Saumos
Les sous-bois dominés par la fougère aigle de la lande mésophile - Saumos Agence Folléa-Gautier

Fragilité de la pinède

Si le pin est une espèce adaptée aux conditions de sol rencontrées ici, qui a permis de planter cette forêt aux dimensions spectaculaires, le massif landais reste fragile. Une fois résolu le problème de l’eau, son premier ennemi fut le feu : durant l’été 1949, plus de 130 000 ha de forêts ont ainsi été détruits. Des sous-bois et coupe-feux mal entretenus, trois étés de sécheresse successifs, et des vents violents ont mené à ce désastre écologique et humain (82 morts, l’incendie le plus meurtrier qu’ait connu la France). Des mesures ont été prises depuis afin de mieux maîtriser ces événements : surveillance, gestion régulière des coupes-feux, entretien des sous-bois, mise en place de réservoirs d’eau... La monoculture de pins reste néanmoins un milieu fragile, toujours exposé au risque des incendies. Plus récemment, les très violentes tempêtes subies par le territoire aquitain (Lothar et Martin en 1999, Klaus en 2009) ont révélé à la fois les risques nouveaux auxquels nous expose le changement climatique et la faiblesse structurelle des futaies régulières de la forêt landaise. La gestion en parcelles d’âge équienne laisse exposées des lisières peu résistantes, qui cèdent facilement en laissant sans défenses les peuplements suivants. Ces épisodes venteux destructeurs fragilisent les écosystèmes de la forêt : engorgement des fossés et des crastes, attaques massives d’insectes (scolytes, ips, erodée, hylesines), déstabilisation du biotope des gibiers.Enfin, le maintien d’un peuplement mono-spécifique ne permet pas de parvenir à l’équilibre d’un biotope naturel, et expose la forêt à d’autres risques. Face à une attaque parasitaire notamment, les pins courraient un risque majeur, et c’est donc l’ensemble du massif qui pourrait dépérir ; au contraire, un boisement constitué de plusieurs espèces serait plus à même de résister.

Une urbanisation très faible et dispersée

Du temps de la gestion agropastorale, les familles de bergers habitaient un airial, ensemble bâti constitué de la demeure et de quelques dépendances (grange, poulailler, four à pain...) ; l’habitat s’organisait en quartiers, lieux-dits réunissant plusieurs airials. Outre l’architecture caractéristique de la ferme landaise (ossature bois, toiture de tuiles basses, façade avec auvent - emban ou estantada - orientée à l’est ou au sud-est...), l’airial se distingue par son accompagnement végétal : à l’âge de l’agropastoralisme, l’airial forme un îlot boisé au sein de la lande rase. Implanté à proximité d’un cours d’eau afin de bénéficier d’un sol mieux drainé, il dessine un espace enherbé habité, entouré de ’varats’ (fossés) souvent doublés d’un talus planté, la ’dougue’. Avec la plantation des pins sur l’ensemble du plateau landais, cette situation s’est inversée : aujourd’hui les airials forment des clairières au cœur de la forêt, plantées de feuillus d’âge souvent vénérable (chênes), parfois encore pâturées par les moutons. Ce contraste crée des évènements privilégiés dans le paysage des Landes girondines, dessinant des espaces lumineux, plus ouverts et aérés que la pinède, frais et habités, en opposition aux sous-bois clos, sombres et déserts. Les arbres et les pelouses y déploient des teintes vertes plus claires que les boisements résineux alentour.

Bien que l’ensemencement de la lande ait été synonyme de regain pour la région, et que l’exploitation de la forêt ait permis de ralentir l’exode rural, la population est restée peu nombreuse, principalement dispersée dans les vastes étendues forestières. Quelques hameaux se développent en lien avec l’exploitation forestière ou le réseau ferré : Sainte-Hélène sur la ligne Bordeaux-Lacanau ; Marcheprime, développée par les frères Péreire à partir de la deuxième moitié du XIXème siècle sur la ligne Bordeaux-La Teste, en lien avec une exploitation forestière de 10 000 ha et une usine de distillation de la résine de pins produisant de l’essence de térébenthine.

Aujourd’hui encore, les Landes girondines restent le pays le moins peuplé du département, en contraste complet avec les agglomérations de Bordeaux et d’Arcachon qui le bordent. Parcourues par un réseau de longues routes rectilignes, elle voient leur population se concentrer dans quelques villes situées sur les carrefours : Sainte-Hélène, Le Barp, Hostens, Saint-Symphorien... A partir des noyaux originels, petits groupements bâtis implantés au long des axes, l’urbanisation s’est développée de façon particulièrement lâche, multipliant les lotissements pavillonnaires.

La RD1250 à Marcheprime
La RD1250 à Marcheprime Agence Folléa-Gautier
Marcheprime est implantée au croisement de la RD1250 et de la RD5
Marcheprime est implantée au croisement de la RD1250 et de la RD5 Agence Folléa-Gautier

Les paysages de la route

La découverte des paysages des Landes girondines se fait avant tout par la route : RD1010 de Bordeaux à Belin-Béliet, RD3 et RD5 du nord au sud, RD106 de Bordeaux à Lège-Cap-Ferret... Les trajets reliant les villages isolés font parcourir de longues distances au travers de boisements sans fin. Développé pour l’exploitation de la pinède, le réseau des routes présente des tracés rectilignes, filant tout droit entre les arbres. C’est donc de la qualité de sa relation à la forêt et de son traitement d’accompagnement que dépend l’animation du parcours : légère surélévation ’en digue’ qui favorise les vues, enherbement des bas-côtés qui éclairent, égayent et donnent un air soigné, transparence de la forêt qui évite l’effet de couloir...

Suivant l’exemple de l’ancienne voie ferrée Bordeaux-Lacanau, transformée en piste cyclable, quelques axes proposent des liaisons douces, parallèles mais bien séparées de la route principale : ces itinéraires offrent l’opportunité d’une redécouverte des paysages forestiers des Landes girondines. Avec les pressions foncières grandissantes, exercées notamment autour des agglomérations de Bordeaux et d’Arcachon, certains tronçons de routes se voient gagnés par une urbanisation linéaire importante. Formée principalement de zones d’activités et de lotissements pavillonnaires, celle-ci constitue progressivement une écorce accompagnant les voies. Si quelques-unes de ces opérations profitent du contexte forestier pour proposer une architecture inscrite harmonieusement dans son contexte, la plupart s’implantent en bordure de voie et présentent une architecture banalisante. Les couloirs bâtis ainsi créés sont coupés des paysages voisins, sans proposer la qualité d’espaces urbains bien constitués. Plus grave, l’irrésistible urbanisation linéaire, en particulier au fil de la RD1250 (Bordeaux-Arcachon) tend à faire disparaître le vaste espace de respiration qui distingue l’agglomération bordelaise de l’agglomération arcachonnaise.

Lisières boisées et fossés enherbés au long de la RD1250 - Cestas
Lisières boisées et fossés enherbés au long de la RD1250 - Cestas Agence Folléa-Gautier
patrimoine arborée est dévalorisée par des élagages sauvages - Marcheprime
patrimoine arborée est dévalorisée par des élagages sauvages - Marcheprime Agence Folléa-Gautier
Passage à travers les boisements mixtes du nord Médoc - Vendays-Montalivet
Passage à travers les boisements mixtes du nord Médoc - Vendays-Montalivet Agence Folléa-Gautier
La route est longée de fossés enherbés et de pistes de terre, dégageant un passage clair dans la forêt - Lanton
La route est longée de fossés enherbés et de pistes de terre, dégageant un passage clair dans la forêt - Lanton Atlas des paysages
Le tracé rectiligne des routes dessine de longues trouées dans les arbres - Captieux
Le tracé rectiligne des routes dessine de longues trouées dans les arbres - Captieux Agence Folléa-Gautier
Les pistes cyclables en lisière, bénéficiant du couvert des arbres tout en étant séparées de la route - Marcheprime
Les pistes cyclables en lisière, bénéficiant du couvert des arbres tout en étant séparées de la route - MarcheprimeAgence Folléa-Gautier
Les pistes en milieu urbain complètent le réseau et facilitent les déplacements quotidiens - Marcheprime
Les pistes en milieu urbain complètent le réseau et facilitent les déplacements quotidiens - Marcheprime Agence Folléa-Gautier

Enjeux

Atlas des paysages - légende enjeux

Enjeux de protection/préservation

Les milieux naturels humides (lagunes, tourbières, vallées) : protection des milieux, ouverture raisonnée aux visiteurs (vélos, randonneurs, canoës...).

Les ripisylves et forêts-galeries : gestion dans le temps et renouvellement de la forêt.

Les bords de rivières dans les vallées habitées : maîtrise du développement urbain et des activités touristiques.

La coupure d’urbanisation Bordeaux/Arcachon : arrêt de l’urbanisation linéaire, protection d’un vaste espace de respiration à l’échelle des deux agglomérations.

Zone humide fragile en bord de route - Naujac-sur-Mer
Zone humide fragile en bord de route - Naujac-sur-Mer Agence Folléa-Gautier
Les boisements de la vallée de la Leyre - Belin-Beliet
Les boisements de la vallée de la Leyre - Belin-Beliet Agence Folléa-Gautier
Fin de l'urbanisation au fil de la RD1250 en sortie de Pessac
Fin de l'urbanisation au fil de la RD1250 en sortie de Pessac Agence Folléa-Gautier

Enjeux de valorisation/création

L’habitat de type ’airial’ (clairières en forêt) : développement de quartiers et constructions contemporains inspirés des modes d’habiter traditionnels, confortement des centralités.

Le réseau des crastes et fossés : gestion et développement de ripisylves, mise en place de circulations douces.

Le réseau de circulations douces : poursuite du développement du réseau, aménagement de pistes cyclables.

Les grandes clairières de cultures : valorisation paysagère par la mise en place de structures végétales (en accompagnement des réseaux de drainage par exemple), traitement des abords des routes en transition de la pinède aux cultures (plantations d’alignements).

La gestion sylvicole de la pinède : mise en place de nouveaux modes de gestion permettant une meilleure résistance aux diverses menaces (futaie irrégulière, mixité résineux/feuillus...), prise en compte du paysage dans la gestion forestière.

L’habitat de type ’prairial’ (vallées, vallée de la Leyre en particulier) : développement de quartiers et constructions contemporains en lien avec les prairies de fauche ou de pâtures préservées.

Le bois dans la construction : développement de filière, encouragement à l’architecture contemporaine bois.

Le développement photovoltaïque : inscription dans un plan de paysage global à l’échelle du massif, définissant les emplacements et principes d’aménagement.

La maïsiculture n'autorise aucun usage alternatif des réseaux de fossés - Hourtin
La maïsiculture n'autorise aucun usage alternatif des réseaux de fossés - Hourtin Agence Folléa-Gautier
Les pistes forestières offrent des opportunités de développement de liaisons douces - Lège-Cap-Ferret
Les pistes forestières offrent des opportunités de développement de liaisons douces - Lège-Cap-Ferret Agence Folléa-Gautier
Une frange boisée est maintenue en accompagnement de la zone industrielle - Landiras
Une frange boisée est maintenue en accompagnement de la zone industrielle - LandirasAgence Folléa-Gautier
Architecture bois - Le Porge
Architecture bois - Le PorgeAgence Folléa-Gautier
D'importantes fermes photovoltaïques se développent déjà - Le Barp
D'importantes fermes photovoltaïques se développent déjà - Le Barp Agence Folléa-Gautier

Enjeux de réhabilitation/requalification

Les futurs projets routiers ou ferroviaires : rétablissement systématique des continuités (routes, chemins, eau) pour limiter les effets de coupures.

Les routes en traversée de villages : Mise en place de larges trottoirs et de pistes cyclables, valorisation de l’espace public par la plantation d’arbres d’alignement, limitation de la place dédiée aux voitures.

L’urbanisation linéaire en sortie de bourgs : arrêt de la construction linéaire, revalorisation des haies et clôtures sur route et des emprises routières, mise en place de liaisons douces piétonnes et cyclistes vers les centres-bourgs.

Chantier de l'autoroute A65 - Captieux
Chantier de l'autoroute A65 - Captieux Agence Folléa-Gautier
Les abords de la route sont peu amènes : absence de trottoirs ou de piste cyclable, stationnement désorganisé... - Belin-Beliet
Les abords de la route sont peu amènes : absence de trottoirs ou de piste cyclable, stationnement désorganisé... - Belin-Beliet Agence Folléa-Gautier
Les alignements de pins valorisent la traversée de Captieux
Les alignements de pins valorisent la traversée de Captieux Agence Folléa-Gautier
Succession de pavillons au sud de Villandraut
Succession de pavillons au sud de Villandraut Agence Folléa-Gautier

Les sous-unités de paysage des Landes girondines

I-a - Les vallées habitées

À proximité de la Leyre, du Ciron, du Gât Mort et du Saucats, le paysage se distingue du reste des Landes girondines, car la proximité de ces cours d’eau assure un drainage plus efficace des terres. Les sols plus secs accueillent des feuillus, qui forment autour des rivières de majestueuses forêts-galeries : chênes et aulnes dominent ces boisements qui peuvent atteindre plusieurs kilomètres de large. Au sein de la monoculture de pins maritimes, des milieux plus riches sont ainsi préservés, favorisant la biodiversité et le maintien d’espèces précieuses.

Ces conditions favorables expliquent également la présence de villages en plus grand nombre dans ces vallées, implantés sur les terres saines à proximité des berges. Cette relative concentration urbaine s’est renforcée par une augmentation parfois très importante de la surface bâtie au cours des dernières années. Ainsi, la vallée de la Leyre voit aujourd’hui les villes de Belin-Béliet, Salles, Mios et Biganos s’étendre de façon marquée. Ces évolutions, encore largement consommatrices d’espace, font pression sur les paysages et milieux précieux offerts par ces vallées.

Cette prairie surplombe la vallée boisée et habitée du Ciron - Bernos-Beaulac
Cette prairie surplombe la vallée boisée et habitée du Ciron - Bernos-Beaulac Agence Folléa-Gautier
Le cours de la Leyre s'écoule au milieu des feuillus - Belin-Beliet
Le cours de la Leyre s'écoule au milieu des feuillus - Belin-Beliet Agence Folléa-Gautier
Extension urbaine récente de Captieux bordant une lisière de feuillus
Extension urbaine récente de Captieux bordant une lisière de feuillus Agence Folléa-Gautier

I-b - Les landes rases

Deux clairières permettent encore d’observer les paysages originels des Landes de Gascogne, avant leur drainage et leur mise en culture au XIXème siècle : le Camp de Souge, situé à l’ouest de l’agglomération bordelaise, et le Camp du Poteau, sur le territoire de Captieux, à l’extrémité sud du département. Ces deux sites militaires n’ont pas été sujets aux mêmes transformations que le reste du plateau landais, on y trouve donc encore des landes humides marécageuses, proches des milieux naturels originels du pays. Des habitats devenus rares s’offrent ainsi aux animaux comme aux végétaux.

I-c - Les clairières de cultures

Suite aux grands incendies des années 1940, un nouveau modèle de culture s’est imposé : sur les vastes zones détruites par le feu, la forêt a laissé la place à de gigantesques parcelles de maïsiculture. Implantées sur les landes humides, celles-ci nécessitent des systèmes de drainage importants, qui tendent à menacer les biotopes propres à ces milieux. Mais parallèlement, les besoins en eau du maïs sont compensés par une irrigation conséquente, qui peut porter préjudice à la nappe phréatique. En termes de paysage, si ces clairières aux horizons très dégagés apportent une ouverture bienvenue et des espaces de respiration au cœur de la pinède, elles ne présentent pas de réelle richesse paysagère. L’absence de reliefs et de toute structure végétale, la transition nette des cultures aux boisements, n’offrent au regard qu’une opposition brutale entre plein et vide. Dans certains secteurs, le maïs laisse la place à des cultures maraîchères (carottes, haricots...) ou horticoles (tulipes) sur de grandes surfaces.

Petite clairière céréalière entre Landes girondines et Bazadais - Lavazan
Petite clairière céréalière entre Landes girondines et Bazadais - Lavazan Agence Folléa-Gautier
Vaste clairière maïsicole à l'est de Villandraut
Vaste clairière maïsicole à l'est de Villandraut Agence Folléa-Gautier
immensité des champs de maïs succède à l'immensité de la pinède - Audenge
immensité des champs de maïs succède à l'immensité de la pinède - Audenge Agence Folléa-Gautier
Les fossés drainent les terres trop humides , tandis que les rampes irriguent les cultures - Hourtin
Les fossés drainent les terres trop humides , tandis que les rampes irriguent les cultures - Hourtin Agence Folléa-Gatutier

I-d - Les lisières du massif

Si la pinède définit clairement l’emprise de l’unité de paysage des Landes girondines, ses limites ne sont pas aussi nettes. Contrairement aux clairières agricoles évoquées plus haut, délimitées par une opposition nette entre boisements et cultures, les lisières extérieures du massif ne dessinent pas de rupture précise. A l’ouest, la couverture boisée se prolonge presque jusqu’à l’océan Atlantique, mais le relief, l’hydrographie et l’urbanisme particuliers du littoral définissent les contours imprécis d’un paysage autre (cf unité J1 : la bande littorale). A l’est, à l’aval de Bordeaux, la forêt se délite au fur et à mesure pour laisser la place aux vignes médocaines, et un paysage de transition se dessine entre ces deux ensembles, constitué de lisières tortueuses et de clairières urbaines et viticoles. A l’amont de Bordeaux, le vignoble des Graves s’organise en grandes clairières et domine nettement la vallée de la Garonne qui s’annonce.

Conifères et feuillus se mêlent à l'approche des terrasses du Médoc - Listrac
Conifères et feuillus se mêlent à l'approche des terrasses du Médoc - Listrac Agence Folléa-Gautier
Productions viticole et sylvicole se côtoient autour des lisières - Avensan
Productions viticole et sylvicole se côtoient autour des lisières - Avensan Agence Folléa-Gautier
La forêt dense laisse la place aux clairières - Sauternes
La forêt dense laisse la place aux clairières - Sauternes Agence Folléa-Gautier

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