À Latresne, trois femmes et deux hommes présentant des lésions cérébrales vivent ensemble dans une maison. Une alternative à l'établissement médico-social où l'accompagnement s'organise autour de la personne, et non l’inverse.
À première vue, c'est une maison comme les autres. Une terrasse, un jardin arboré, une cuisine ouverte où flotte l'odeur du café. Pourtant, derrière cette porte, se joue, depuis 2008, une autre manière d'accompagner le handicap. À la suite d’accidents de la vie, cinq personnes cérébrolésées partagent un même domicile, leurs habitudes, leurs repas et leurs projets. Imaginée par les familles avec l’AFTC Gironde, le soutien d’Edwige Richer, médecin spécialisée en neuro-rééducation, et de nombreux partenaires, cette expérience pionnière d’habitat conjugue accompagnement, autonomie et vie sociale : une alternative durable aux établissements médico-sociaux traditionnels.
Une maison avant tout
Midi approche. Sandrine dresse la table. Gouvernante depuis dix ans, elle prépare le repas, fait les courses, rassure d'un geste, d'un rire. « Aujourd'hui, j'ai fait une salade fraîcheur : thon, crudités et riz. » Puis elle embrasse Marie avec tendresse avant de l'aider à déjeuner.
Les familles sont adorables avec nous, et on leur rend bien.
L’équipe est stable. Les 11 professionnels du Service d’aide à domicile (SAD) La clé des âges-APAJH33 travaillent toujours en binôme, 24 h/24 et 7 j/7, aux côtés des professionnels du SSIAD, des soignants libéraux du territoire et des familles qui participent à la dynamique. Cette continuité nourrit la confiance et préserve les repères des habitants. Barbara, cadre de santé, explique :
Je coordonne le parcours de chacun. Nous adaptons l'accompagnement aux besoins de chaque habitant, dans le respect de sa dignité.
Cette organisation collective permet de vivre chez soi, dans un environnement stable, sécurisant et profondément humain. Chacun trouve naturellement sa place.
Une autre manière d’habiter
Dans l’intimité de la chambre de Marie, Emmanuelle explique chaque geste en la préparant à l’activité verticalisation autrement dit se remettre debout.
L'accompagnante éducative et sociale :
On essaie de leur offrir une vie meilleure, en respectant leurs habitudes, leurs choix. Ils nous répondent à leur manière.
Même sans pouvoir parler, chacun reste acteur de sa vie. Cette philosophie irrigue toute la maison. Les familles entrent et sortent librement, les habitants vont au restaurant ou au cinéma.
Le droit commun rentre dans la maison, résume Jean-Luc Gleyze, président du Département.
Grâce à la Prestation de compensation du handicap (PCH) qui finance l’accompagnement quotidien des colocataires, grâce à l'engagement des associations et au soutien du Département et de l’ARS, ce lieu ouvre davantage d’horizons : il offre une pleine place de citoyen.
La docteure Edwige Richer, à l’origine de cette maison, conclut :
Tout cela, on le comprend intellectuellement. Mais il faut le vivre tous les jours.
La maison de Latresne témoigne qu’une autre manière d’accompagner les personnes vulnérables est possible : non pas dans une institution, mais chez elles, au cœur d’un projet collectif profondément humain.
Retrouvez cet article sous forme de roman-photo dans le magazine En Gironde n°151.