Les réseaux sociaux chez les ados : attention danger !

La loi française* n’autorise la fréquentation des réseaux sociaux qu’à partir de 13 ans. Pourtant, selon un sondage de Génération numérique, 63% des enfants de 11-12 ans ont au moins un compte sur un réseau social et un smartphone est offert en moyenne dès 9 ans. À Bordeaux, une étude inédite est en cours pour diagnostiquer les dangers potentiels des réseaux sociaux pour les plus jeunes.

Le Laboratoire de recherche en psychologie de l’Université de Bordeaux, sous la houlette de Mathilde Husky, professeure de psychologie clinique et psychopathologie, étudie, depuis plus d’un an, les effets des réseaux sociaux sur la santé de milliers de collégiens girondins.

Dévalorisation de l’image de soi, cyberharcèlement, addiction : la responsabilité est collective, sociétale et le cadre juridique existe.

Pour Mathilde Husky : « il y a urgence à rechercher les liens entre l’usage des réseaux sociaux et la santé mentale, entre le temps passé sur les réseaux et le sommeil et les affects anxio-dépressifs, à diagnostiquer ce qui fait basculer les jeunes les plus vulnérables. »

Cependant, malgré le constat alarmant, l’étude Cyberlife peine à trouver son panel en Gironde. À ce jour, 1 000 parents ont répondu sur le département. Collégiens de la 5e à la 3e et parents d’élèves peuvent, sur la base du volontariat, remplir leur questionnaire respectif en ligne ou parfois diffusé sur Pronote.

Étude fondamentale

Les études sur le sujet sont rares en France. Le Département choisit de soutenir et valoriser cette étude fondamentale pour identifier et continuer de construire des actions de prévention adaptées.

« L’enquête interroge de nombreux détails de la sphère intime, révèle les différences générationnelles – les parents n’ont pas grandi avec un smartphone – la parole et les explications entre parents et enfants à l’âge difficile de la puberté, » explique la professeure.

Elle poursuit : « l’enquête est paramétrée pour étudier la concordance entre les réponses des parents et celles des enfants. Ces données sont importantes pour tout le monde et notamment pour les collectivités publiques ou les associations qui se lancent dans la prévention. Il faut savoir sur quel diagnostic on se base. » Le protocole ne cesse d’évoluer, comme les pratiques numériques : naissance de Tik-Tok en 2016, la présence des collégiennes et collégiens sur Tinder, la pandémie obligeant à enquêter en ligne…

Responsabilité partagée

Ahmed Messaoudi, principal du collège Chambéry à Villenave d’Ornon, a relayé les objectifs de l’étude et les questionnaires par mail et Pronote aux 806 élèves de son collège et à leurs parents.

Selon lui, « Outre la numérisation des relations humaines, la massification et l'anonymat des réseaux sociaux,le développement des "fake" qui prennent le pas sur la vérité, déstructurent les esprits, la montée de théories complotistes...., l'un des  points de bascule se situe il y a 2 ans à Chambéry, quand le nombre d’élèves issus de familles recomposées et monoparentales est devenu plus important que les enfants de familles nucléaires, avec tout ce qu’impliquent ces situations, parfois précaires et en manque de temps. La famille a explosé, le regard sur les enfants est moindre, le numérique via les téléphones a pénétré les chambres à coucher des enfants et perturbé à minima leur sommeil ... ».

Il évoque alors, comme Mathilde Husky, le rapport aux corps des jeunes, dissocié du sentiment, l’image de soi, la sexualité, le harcèlement moral, l’addiction et la prostitution. Parce que les faits vont jusque-là. Il prône le dialogue, la responsabilité parentale, la sensibilisation et la formation des enseignants et des agents des collèges, la mobilisation et la concertation à faire avec les familles.

L’étude Cyberlife est financée par l’Agence Nationale de la recherche (ANR).

Répondre au questionnaire

* Loi relative à la protection des données personnelles (RGPD)